Un Amour Impossible.
Ils se retrouvaient à chaque fois comme au premier jour. Elle glissait sa tête contre son épaule, et il respirait son odeur si particulière, si bien à elle.
Longtemps ils ne faisaient rien, se contentant de reposer l'un à côté de l'autre, dans la douce chaleur de la petite cachette qu'ils avaient fini par dénicher au plus profond du Château, là où personne ne songerait à les chercher, là où personne ne découvrirait leur secret, là où personne ne les dérangerait…
Ils contemplaient longuement le ciel piqueté d'éclats de diamants par la fenêtre, ce ciel complice qui semblait veiller sur eux.
Puis l'un des deux bougeait enfin, un petit mouvement, à peine un frémissement, et à nouveau ils se laissaient aller au doux plaisir d'être ensemble et de partager.
Leurs proches ne comprendraient pas. Ils ne pourraient jamais comprendre. C'était le cœur déchiré qu'ils passaient la journée loin de l'autre, c'était l'angoisse au ventre qu'ils s'acheminaient l'un vers l'autre chaque soir. La peur d'être mis à jour était devenue leur compagne quotidienne, les hantant de toutes les ombres de rejet et de mépris que charriait la possibilité d'être découverts. Tout les séparait tellement, leurs amis, les convictions de ces derniers, et même l'âge…
Souvent elle baissait la tête d'un air triste, et il pouvait deviner ses pensées: elle se trouvait trop laide, trop âgée pour lui. Alors il lui grignotait gentiment l'oreille, jusqu'à ce qu'elle râle légèrement et se dégage d'un air joueur. Tout était oublié – du moins pour cette nuit-là.
Comment tout cela avait-il commencé? Aucun des deux ne le savait vraiment. Elle le trouvait vulgaire et bien trop content de lui, il la traitait de vieille peau de vache. Puis, quelque part parmi les sombres évènements de ces derniers temps, ils s'étaient vus autrement. Ils avaient à un moment cessé de rechigner à coopérer, et chacun avait trouvé dans l'autre un camarade de travail efficace. Les échanges, les confidences étaient rapidement arrivés, et un soir… un soir…
Il l'avait retrouvé dans une des salles d'études… malgré l'heure tardive, le feu brûlait encore de façon chaleureuse… elle avait l'air perdue, un peu déroutée, et il s'était simplement approché d'elle, comme si c'était le chose la plus naturelle du monde… Ensuite… ensuite la première nuit s'était déroulée comme dans un rêve…
Il bâilla et s'étira, puis se bouina contre elle pour chercher sa chaleur. Elle eut un petit son endormi, les yeux clos. Il la contempla un long moment, admirant sa silhouette souple, ses membres gracieux. Bientôt le soleil se lèverait, encore une fois, bientôt il devrait à nouveau l'abandonner pour une journée interminable, son souvenir l'accablant pour les longues heures à venir.
Ils ne savaient pas ce qui les attendait. Ils ignoraient s'ils pourraient un jour partager un avenir commun. Bientôt, il devrait partir, quitter le Château, et elle resterait ici. Il ne pouvait pas en être autrement.
Les premiers rayons du soleil effleurèrent son doux visage, la faisant cligner des paupières. Ses beaux yeux s'ouvrirent et se posèrent sur lui. Ils se regardèrent longuement. Puis il soupira une dernière fois, se redressa, et se pencha doucement vers elle, pour lui souffler une dernière parole à l'oreille…
- Miaou.
Et Pattenrond quitta la salle de classe déserte, Miss Teigne le suivant des yeux, perchée sur le bureau.
FIN