Sevy au pays des bisounours


Severus Snape ouvrit les yeux et regarda autour de lui avec attention. Il fallait être prudent. L'ennemi pouvait surgir de nulle part, et à tout moment.
A son léger étonnement, il flottait dans un nuage rose à l'odeur sucrée, qui lui rappelait désagréablement toutes les sucreries poisseuses que ses élèves ramenaient de Pré-au-Lard et laissaient traîner partout. Il raffermit sa prise sur sa baguette et se concentra.
Un sol de matérialisa sous ses pieds. Une prairie, pour être exact. Couvertes de fleurs des champs tirant principalement sur le rose. La brume glucosée s'estompa, et de jolies collines vertes sous un ciel d'un bleu éclatant apparurent. Le soleil brillait radieusement dans le ciel.
Severus, en bon britannique habitué au climat humide, se méfia encore plus.
Le Mal frappa soudain.
- Bonzour, bonzour!
Le digne Maître des Potions se retourna vivement, la baguette déjà levée, un "Avada…" sur les lèvres…
- Dis, tu veux être mon ami? piailla une voix aigue.
Severus baissa les yeux. A la hauteur de sa ceinture, deux yeux étoilés le fixaient, plein d'espoir. Ils appartenaient à une sorte de… chose, peut-être vaguement apparenté aux ours, mais surtout… rose. Avec un arc-en-ciel sur le ventre.
- Viens, on va jouer! babilla joyeusement la créature en lui saisissant la main de sa patte velue.
Severus la lui arracha prestement.
- Euh… nous n'avons pas été présentés, je pense, fit-il de sa voix la plus froide en redressant le menton.
La chose sauta en l'air, tourna trois fois sur elle-même, puis offrit à sa vue la blancheur irréelle de sa dentition.
- Je suis un Bisounours! Dis, tu veux jouer avec moi professeur Snape?!
- Je ne joue pas, fit sèchement Severus en tournant les talons.
La petite chose commença à le poursuivre en sautillant.
- Pourquoi, dis, pourquoi?
- Parce que, marmonna Severus en cherchant des yeux une porte qui lui permettrait de sortir de là – mais rien, que des fleurs roses qui chantaient leur joie d'être jolies et de sentir bon.
- Mais pourquoiiiiiii? T'es triste? T'es malheureux? Est-ce que tu veux un bonbon?
- Combustio.
L'ours rose prit feu et agonisa avec un horrible râle de souffrance. Un peu rasséréné, Severus continua sa route.
Pas pour longtemps. Le ciel s'obscurcit brusquement et une petite musique aigrelette commença à retentir. Avant que Severus ne réalise qu'elle provenait d'au-dessus de sa tête, un nuage atterrit devant lui, et un ours et deux gamins en pyjamas en sautèrent et commencèrent à faire la ronde autour de lui.
- Alors, fit finalement l'ours d'une voix bourrue en s'arrêtant, quelle histoire veux-tu ce soir petit Severus?
Le petit Severus referma sa bouche, se frotta les yeux et inspira profondément.
- Je voudrais juste savoir comment sortir d'ici.
- Ohooooh! s'exclama joyeusement l'ours, et les deux morveux eurent un petit rire couinant. Alors je vais te raconter l'histoire d'une jolie princesse prisonnière d'une méchante sorcière…
- Non, merci.
- Il était une fois une jolie princesse…
- J'ai dis non, merci.
- … prisonnière d'une méchante sorcière.
- Liquefactio.
Le nounours et les bambins commencèrent à fondre sur place avec des cris horrifiés. Quand il ne resta plus d'eux qu'un petit tas gélatineux, Severus les enjamba et continua sa route.
Il était maintenant dans une forêt trop verte, où l'eau des ruisseaux scintillait de façon presque artificielle. Un bruit de galop lui fit dresser l'oreille, et il espérait malgré lui voir apparaître une troupe de centaures, quand…
Les nouveaux arrivants faillirent lui arracher un cri d'horreur.
Severus n'avait pas de passion particulière pour les animaux domestiques, mais il portait aux créatures magiques, même si cela était certainement dû au fait qu'il les utilisait dans ses potions, un profond respect. Et les licornes étaient les plus populaires des animaux des animaux magiques, aussi, en voyant débarquer devant lui trois poneys à corne, rose, vert, et bleu, ne put-il s'empêcher d'être pris d'un profond sentiment de dégoût.
- Bonjour, fit le premier d'une voix flûtée. Tu veux peigner ma crinière?
La main légèrement tremblante, mais se répétant qu'il agissait pour l'honneur du monde sorcier, Severus les découpa rapidement en rondelles.
Il sortit finalement de la forêt et descendit une colline, se faisant dépasser au passage par une gamine chantonnante en robe et tablier avec des couettes et son chien. Occupé à faire brûler la petite maison dans la prairie où elle était entrée, il faillit percuter un dinosaure orange qui tenta de le persuader lui aussi de venir jouer avec lui, et le laissa pendu par les doigts à un arbre.
Le décor changea à nouveau, et il se retrouva sur la berge d'une rivière qui semblait un peu plus naturel. Tentant de reprendre ses esprits, il la longea un moment, et aperçut finalement un pont. Le souffle court, il se laissa tomber sur le rebord.
- Salut, je suis sans famille, et je m'appelle…
Sans trop réfléchir, Severus massacra le morveux aux yeux scintillants et au pauvre petit air abandonné, et ses chiens en même temps. Puis il se força à repartir, repoussant le vent de panique qui menaçait de l'envahir.
Une grande bâtisse affichant "Orphelinat" se matérialisa devant ses yeux. Les fleurs, réapparues, recommencèrent à chantonner, et une chose blonde – avec des yeux étoilés – se jeta presque sur lui.
- Humph! fit-il.
- Au Pays, de Candy, il y a des méchants et des gentils… bramaient les fleurs.
Avant que la menace n'ait pu ouvrir la bouche, Severus lui lança un Avada Kedavra – il commençait à être à court de sorts horribles. Mais il n'eut pas le temps de se reprendre, des gnomes jaune, bleu, rouge avec une télévision dans le bide lui sautèrent dessus, suivis d'un gros chien poilu et de son manège, puis –
- POTTER ARRETEZ-CA! C'EST BON VOUS AVEZ GAGNE!
Le cauchemar disparut instantanément pour faire place à l'humidité rassurante de ses chers cachots. Affalé dans son fauteuil, il respira profondément, avant de lever les yeux vers le morveux perché sur son bureau, qui n'avait pas les yeux pleins d'étoiles et qui souriait d'un air goguenard.
- Très bien, Potter, maugréa-t-il à contrecoeur. J'admets que vos sortilèges d'illusions sont au point.
Merlin, il n'aurait jamais soupçonné que le monde moldu puisse être si terrifiant.

FIN