Le Renard et le Furet
Chapitre 4
~oOoOoOo~
- Foxxie? FOXXIE!
Draco, planté au milieu du couloir, les poings sur les hanches, eut
un claquement de langue irrité.
- Un problème, Draco? fit Blaise en s'approchant de lui.
- Je voulais emmenez Foxxie dans le parc, pour réviser un peu, marmonna
le blond en regardant autour de lui.
- Pas vu, fit son camarade en haussant les épaules. Pourquoi tu n'invites
pas Pansy?
- Mmmmh… tu crois qu'elle me laisserait réviser? fit Draco en
s'éloignant.
- Non, je ne pense pas, murmura Blaise, trop bas pour être entendu, avec
un grand sourire.
~oOo~
Foxxie, en l'occurrence, avait réalisé quelques heures plus
tôt qu'il ne lui restait que deux semaines à passer avec son maître.
La famille Weasley n'accepterait pas comme excuse valable pour deux mois d'absence
qu'il aille passer les vacances en tant qu'animal domestique d'un Malefoy.
Il avait vaguement caressé l'idée de disparaître et de
terminer sa vie comme canidé roux, mais, outre qu'un renard ne vit que
quelques années et que sa famille et ses amis lui manqueraient un peu,
il avait de plus la ferme intention d'intenter avec la blond des contacts un
petit peu plus poussé que le gratouillement de ventre.
Ron Weasley, après avoir entendu la décision du Serpentard concernant
son emploi du temps de l'après-midi, s'était donc empressé de
retourner à la tour de Gryffondor, de s'y retransformer, d'empoigner
un ou deux livres de cours, et de courir jusqu'à l'endroit préféré de
Draco, une petite clairière paisible et idyllique et loin de toutes
les Pansys de la terre en bordure de la Forêt Interdite.
En arrivant en vue du grand arbre au pied duquel il était certain de
trouver une certaine personne, il ne se posa pas de questions sur ce qu'il
allait faire ou dire et continua; les questions, souvent, ça fait réfléchir,
et réfléchir ce n'est pas bon dans tous les cas.
Prenons l'air étonné, songea-t-il quand le blond leva les yeux
vers lui.
- Oh, tiens, Malefoy, fit-il avec une absolue mauvaise foi et de grands yeux
innocents. (Puis, avant que le Serpentard, dont les yeux s'étaient faits
méfiants, ne puisse le rembarrer: ) C'est vrai que c'est calme ici, ça
ne te dérange pas si je m'installe aussi pour réviser?
Sa voix était l'incarnation de la camaraderie et de la sincérité.
Draco sembla perdre momentanément la sienne, de quoi il ressortit que
Ron fit semblant de prendre son silence pour un accord et se laissa tomber
dans l'herbe. Puis il ouvrit son livre de Potions et, sans un mot, commença à observer
les enluminures du sommaire avec sérieux et attention. Il n'allait pas
vraiment le lire, non plus.
Il en était à deux cent soixante et une secondes dans sa tête
quand un semblant de communication s'établit enfin.
- Alors… heu… tu es prêt pour les examens?
Ron releva la tête. Draco, l'air prodigieusement intéressé par
une petite branche cassée qu'il faisait tourner entre ses doigts, avait
l'air nonchalant de celui qui se sent horriblement mal à l'aise et veut
le cacher à tous prix.
- Pas du tout! répondit joyeusement le Gryffondor. Et toi?
Les coins de la bouche de l'adolescent se relevèrent légèrement.
- Pas mieux, je suppose.
La situation était incroyablement bizarre. Il ne manquait que Voldemort
et un service à thé. Le silence retomba. Ron regarda un moment
une chenille occupée à escalader le tronc de l'arbre, défroissa
une des pages de son bouquin, puis, parce qu'il était Ron, ouvrit la
bouche avant même d'avoir tourné une seule fois sa langue dans
sa bouche.
- Et comme va ta petite tâche de naissance?
Le résultat fut immédiat. Le blond lui jeta un regard haineux
en se redressant.
- Tu es bien content?! Tu en a parlé à tous tes petits amis?!
C'est bien toujours comme ça, hein! Et tu mijotes quoi maintenant comme
petit coup fourré?! Je suppose que Potter et Granger sont planqués
quelque part pas loin?! Il serait peut-être temps de GRANDIR, Weasley!
Et sur ses bons mots, il partit à grands pas, laissant un Ron tout con.
~oOo~
Draco referma la porte de la salle commune avec un geste rageur. Non mais
qu'est-ce qui lui prenait de simplement penser qu'un membre de la Potter's
band pourrait l'aborder sans arrière-pensée? Weasley, qui plus
est! Il était réellement en train de traverser une crise de naïveté inquiétante.
Il chercha Foxxie des yeux, mais fut interrompu par l'approche fracassante
d'une Parkinson dans toute sa splendeur.
- Draco! Où étais-tu donc passé? roucoula-t-elle.
- Oh, lâche-moi! répondit-il sèchement.
Elle s'arrêta un moment, interdite, puis eut un sourire dégoulinant.
- Allons, Draco, dis-moi ce qui ne va pas… Tu peux tout me raconter tu
sais? Je ne suis là que pour toi, ronronna-t-elle en tentant une approche
pieuvresque de sa pauvre proie.
La pauvre proie la rembarra en beauté.
- Ce qui ne va pas, c'est qu'une gourde me fait perpétuellement du rentre-dedans
alors qu'elle fricote avec pas mal de monde en même temps, lâcha-t-il
d'une voix glaciale. Alors ôte-toi de la tête l'idée que
je vais t'épouser un jour, et retourne voir Blaise qui ne demande que ça.
Les yeux de l'adolescente s'écarquillèrent, puis se durcirent,
et elle fit demi-tour et quitta la pièce sans dire un mot.
Draco se laissa tomber dans un fauteuil en soupirant. Il ne détestait
pas Pansy. Mais c'était sans doute une bonne chose de faite. Bon. Il
avait perdu sa fiancée de toujours, mais pire que ça il avait
perdu son renard. C'était surtout le deuxième qui se tourmentait.
- Foxxie, chantonna-t-il en se laissant tomber à genoux pour regarder
sous le fauteuil.
~oOo~
Ron errait tel une âme en peine dans les couloirs. Il se sentait si
bête. L'était-il vraiment? L'avait-il toujours été?
Serait-ce une bonne chose que se suicider afin de débarrasser la planète
d'une créature aussi stupide?
Il en était à ce joyeux état d'esprit quand des éclats
de voix se firent entendre au détour d'un couloir. Tiens, pensa-t-il
en les reconnaissant, et s'il allait se fritter avec quelques Serpentards histoire
de se changer les idées? Puis l'image de Draco et son "Il serait
peut-être temps de grandir, Weasley" traversèrent son esprit.
Ouais. Grandir un peu.
- Je te dis qu'il m'a larguée! sanglotait une voix proche de l'hystérie.
- Pansy, il n'a jamais été avec toi, répliquait doucement
une voix plus calme. Tu savais très bien que c'était un mariage
arrangé. Il ne te déteste pas, mais il ne voudra jamais se marier
avec toi.
Les pleurs se calmèrent un peu.
- Je crois que je devrais m'y faire, dit la Serpentard d'une voix misérable.
- Voilà. Pourquoi tu ne m'épouses pas, à la place? plaisanta
Zabini, mais Ron pouvait presque sentir une note sérieuse dans ses paroles.
- Mmh… (Un reniflement.) Tu n'as pas de château, rit doucement
Parkinson.
- Oui, mais je suis super-gentil.
- C'est vrai…
Ron se dit qu'il était peut-être temps de s'éloigner avec
toute la discrétion du monde, mais il entendit encore une dernière
phrase.
- Et que Draco aille au diable, avec son pauvre complexe sur sa tâche
de naissance!
Ho.
~oOo~
Bon nombre d'élèves – féminines et masculins – avaient
un secret petit bonheur matinal : observer Draco Malefoy prendre son petit
déjeuner. Déjà impeccablement coiffé, se tartinant
ses toasts avec un air impassible, insensible au chaos environnant, le Serpentard était
l'incarnation de la classe.
La vérité, c'est qu'il était encore totalement dans le
brouillard.
Il lui fallut donc, ce matin-là, cinq bonnes minutes avant de réaliser
qu'une enveloppe était appuyée contre son bol de café – d'autant
plus que Foxxie n'était toujours pas réapparut et qu'il commençait à se
faire du mouron. Une erreur semblait peut probable, étant donné que
ce la faisait six ans et un peu plus de neuf mois qu'il prenait la même
place à table tous les matin, au point qu'on avait finit par graver
son nom en lettres dorées sur le banc (Draco mangeait donc trois fois
par jours en s'asseyant sur son auguste nom de famille). Haussant légèrement
un sourcil, performance exceptionnelle quand on connaissait son allant du matin,
le blond se saisit du parchemin.
Moi, Ron Weasley, certifie être un abruti de première et ne pas
savoir fermer ma grande gueule. Si j'avais eu connaissance du complexe qu'éprouvait
Draco Malefoy à l'égard de sa tâche de naissance en forme
de cœur, je ne me serait pas permis de revenir sur le sujet. Je le prie
donc d'accepter mes plus sincères excuses.
Ci-joint un coupon gratuit lui permettant de me coller une torgnole la prochaine
fois qu'il me croisera.
Signé : Ron Weasley.
Draco fixa longuement la lettre, hésitant entre une hilarité maladive et un sentiment de pitié pour le pauvre hère. Weasley était soit un être d'une sensibilité extraordinaire, soit un crétin fini. Malheureusement, le dernier cas semblait plus probable.
~oOo~
Ron tourna en rond toute la journée, cherchant à croiser "par
hasard" un certain Serpentard blond. Malheureusement les dieux semblaient
contre lui, et il se retrouva dans la soirée à se morfondre dans
la salle commune avec Harry et Hermione (qui étaient ses amis, certes,
mais bon…).
- Peut-être que si je me mettais des oreilles et une queue de renard,
et que j'allais le retrouver… marmonna-il.
- Mauvaise idée, répondit Harry sans lever les yeux de son livre.
- Et si je me contentais de me jeter sur lui pour lui rouler un palot?
- Non.
- Je pourrais lui offrir un gros bouquer anonyme?
- Ca t'avancerait à quoi?
- J'ai une idée : tu fais semblant de l'agresser et moi je viens à son
secours!
- Ron? Nous sommes amis, tu te rappelles?
Hermione reposa la plume avec laquelle elle écrivait furieusement, les
yeux bizarrement brillants.
- Mais on peut broder sur cette idée…
- C'est vraiment gentil les enfants! cria Hagrid du pas de sa porte en leur
faisant un dernier signe de la main. Crokdur avait vraiment besoin d'une bonne
balade.
Les trois adolescents, tractés par la bête, lui adressèrent
un sourire crispé.
- Bon, reprit Harry avec l'air d'un membre de conseil de guerre. C'est l'heure
où Serpentard termine son entraînement de Quidditch.
- Et d'après le rumeur, continua Hermione, le prince Draco aime disposer
des douches à lui seul et sort toujours le dernier.
- Donc… conclurent-ils en chœur.
Ils placèrent la laisse dans les mains de Ron et lui tapotèrent
l'épaule.
- Bon courage!
~oOo~
Draco sortit du vestiaire et en verrouilla la porte d'un coup de baguette.
La séance avait été plutôt intense et il se sentait
agréablement exténué. Un câlin avec Foxxie avant
de dormir, et au lit!
Si Foxxie était revenu. Son humeur retomba un peu.
Perdu dans ses pensées, il ne vit qu'au dernier moment la bête
monstrueuse qui fonçait sur lui. Le choc fut colossal et l'envoya boulet
au sol. Puis l'animal se jeta sur lui avec un grognement à glacer le
cœur et… le lécha avec moulte salivation.
- Yyyeeerrrk!
Ses mouvement affolés ne semblèrent hélas pas efficaces,
et il succombait déjà à la puanteur du chien de Hagrid
quand une voix résonna dans son esprit défaillant.
- Crokdur! Ca suffit! Couché, vilain chien!
Deux bras solides se nouèrent autour du cou de molosse et l'écartèrent
du pauvre jouvenceau en détresse.
- Malefoy? Ca va?
Draco papillonna des yeux. Weasley, un air inquiet sur le visage, était
penché sur lui, repoussant fermement la gueule d'un Crokdur affectueusement
bavant.
- Ca… ça va. Ca m'a surpris, balbutia-t-il.
Le soleil couchant formait une auréole de feu dans les cheveux du Gryffondor
et…
Draco se gifla mentalement : non mais ça n'allait pas non?
- Je te remercie, reprit-il plus dignement en se redressant.
- Oh, c'est Hagrid qui m'avait demandé de le chercher, répondit
le rouquin en s'asseyant tout naturellement dans l'herbe face à lui.
(Le chien, voyant que personne ne semblait disposer à jouer avec lui,
partit à la poursuite d'un papillon voisin.) Je… (L'ennemi héréditaire
s'ébouriffa les cheveux d'un air embarrassé.) … mmh je
suis désolé pour hier, c'était juste pour, euh, plaisanter
un peu, je ne suis pas très diplomate comme tu peux le voir, termina-t-il
avec un sourire embarrassé.
Draco hallucinait. Soir Weasley était sincèrement amical, soit
c'était le plus grand coup monté du siècle.
Mais non, Weasley était incapable d'imaginer une entourloupe allant
aussi loin.
- C'est pas grave, s'entendit-il répondre. Et puis je t'ai balancé quelques
trucs pas sympas…
Mais mais mais mais mais qu'est-ce qu'il était en train de dire?!
- Oh. (Une expression rassurée et joyeuse envahit le visage de son vis-à-vis.)
Non, tu avais raison, c'est vrai que je me suis souvent comporté de
façon puérile envers toi…
Mais ils se faisaient quoi, là, un remake de la Mélodie du Bonheur?
- C'est pas grave, fit Draco avec un geste de la main. En tous cas, tu as le
trucs avec les animaux, fit-il en désignant Crokdur.
- Oh, non, c'est juste que je le connais un peu…C'est plutôt Harry,
y'a qu'à voir avec les Hippogriffes en troisième année…
- Mmmh…
Ils restèrent un moment silencieux.
- Je peux te poser une question? demanda tout à coup Draco.
- Pas de problèmes.
La situation était irréelle.
- Tu n'en as jamais eu marre de vivre dans l'ombre de Potter?
Un instant, il crut que Weasley allait se lever et partir sans rien dire – dans
le meilleur des cas. Le Gryffondor arracha pensivement un brin d'herbe.
- Si, bien sûr. Mais maintenant… je me dis que je préfère être à ma
place qu'à la sienne, dit-il tranquillement en plongeant ses yeux dans
le siens.
Troooop classe, songea vaguement Draco.
~oOo~
Ron fit un dernier signe au Serpentard. Et commença à courir
dès que celui-ci fut hors de vue.
S'il voulait arriver à la chambre commune de Serpentard avant que le
blond ne se soit tranquillement enfermé dans sa chambre de Préfet
en Chef, il avait intérêt à se dépêcher. Il
venait finalement de s'enfiler un escalier particulièrement raide et
long et de déboucher dans le dernier couloir quand l'objet de ses pensées
apparut à l'autre bout, heureusement les yeux fixés au sol. Là où Ron
se tenait une dixième de secondes plus tôt gambadait à présent
un joyeux petit renard.
- Foxxie!
Draco le prit dans ses bras.
- Où était-tu passé? fit-il d'un ton de reproche affectueux
en lui gratouillant la tête. Allez, viens là, j'ai plein de trucs à te
raconter…
A suivre.