Solution
Remus Lupin vivait une vie enfin paisible avant que Harry Potter ne revienne à Poudlard.
Sept années auparavant, Voldemort avait enfin été défait,
et ce cher Albus s'était débrouillé pour lui offrir, dans
le désordre, un Ordre de Merlin, un statut de héros, et une place
de professeur de Runes. Il passait à présent ses journées,
respecté et à l'abris du besoin, ce qu'il n'avait même
jamais osé rêvé, à tranquillement faire cours à des
adolescents joyeux pour qui Voldemort n'avait jamais été qu'une
menace diffuse et imprécise, et à tenir des conversations sur
tout et n'importe quoi avec des collègues sympathiques. Le week-end,
il allait parfois à Pré-au-Lard, seul ou avec d'autres professeurs,
et il pouvait finalement s'acheter autant de livres et de chocolat qu'il le
désirait. Il était même parvenu à plus ou moins
amadouer Severus, avec qui il jouait aux échecs une fois par semaine,
et échangeait des paroles à peu près pacifiques. Que demander
de plus à la vie?
Puis Harry était revenu.
~oOo~
Severus Snape vivait une vie enfin paisible avant que Harry Potter ne revienne à Poudlard.
Sept années auparavant, Voldemort avait été défait,
et cette vieille chèvre d'Albus s'était débrouillé pour
enfin lui remettre, dans le désordre, un Ordre de Merlin, un statut
de héros, et une place de professeur de Défense Contre les Forces
du Mal. Il passait à présent ses journées, respecté et
sans menace variée sur le dos, ce qu'il n'avait jamais espéré voir
venir, à tenter d'éduquer une bande de petits morveux inconscients,
et à répondre par des grondements vagues mais sans animosité aux
questions de ses collègues. Le week-end, il pouvait enfin se prélasser
au lit sans songer à sa prochaine réunion dans un camp ou dans
l'autre, et il pouvait finalement s'acheter autant de livres et de bouteilles
de bon vin qu'il le désirait. Lupin venait une fois par semaine s'incruster
pour jouer comme un pied aux échecs, mais finalement sa conversation était
agréablement décente et Severus recommençait à apprécier
le plaisir simple de la communication. Que demander de plus à la vie?
Puis le morveux était revenu.
~oOo~
Certes, Remus avait plutôt été heureux de revoir l'adolescent… non,
le jeune homme à présent, qui venait d'accepter le poste d'Etude
des Moldus. Ils s'étaient beaucoup rapprochés au temps où les
Mangemorts courraient encore les rues et, malgré la longue absence de
Harry, bénéficiant d'un repos bien mérité à l'écart
du monde, ils avaient continué à correspondre de façon
régulière.
Mais voilà : sept ans auparavant, Harry n'avait certainement cette odeur
délicieuse qui flottait à présent autour de lui et qui,
lorsqu'ils s'étaient revus pour la première fois dans le bureau
de Dumbledore, avait rendu Remus complètement muet. Depuis, le loup-garou
se surprenait à humer les couloirs pour trouver la trace du passage
du jeune homme.
Comme s'il avait besoin de ça.
~oOo~
Certes, la pensée de revoir le morveux… non, le jeune coq à présent,
qui venait pour une raison idiote ou une autre d'accepter le poste inutile
d'Etude des Moldus, n'horrifiait pas Severus autant qu'il le prétendait.
Le gamin s'était montré d'une efficacité respectable lorsqu'il
s'était agit de découper du Voldemort, et avait fait un joli
pied de nez au Ministère en choisissant de partir à l'autre bout
du monde prendre de longues vacances.
Mais voilà : sept ans auparavant, Potter n'avait certainement pas un
sourire aussi serein et un cul aussi attirant et Severus avait perdu toutes
ses mauvaises manières quand ils s'étaient revus pour la première
fois au banquet de début d'année. Depuis, le Maître des
Potions se surprenait à entamer – de mauvaise grâce – la
conversation lors des repas.
Comme s'il avait besoin de ça.
~oOo~
Tout aurait plutôt bien été si, après une journée à tenter
d'expliquer à ses élèves la signification profonde du
Livre des Uranies, Remus n'avait pas décidé de marcher un peu
pour se changer les idées. Ses pas – son nez ? – le portèrent
vers le terrain de Quidditch où s'entraînait Gryffondor et où résonnaient
des clameurs joyeuses. Il pénétra sur le terrain et reconnut
aussitôt un des joueurs, bien qu'il n'ait pas eu l'occasion de l'admirer
depuis bien longtemps. Harry n'avait rien perdu de son talent.
- Remus!
Le jeune homme atterrit, essoufflé, les yeux brillants. Remus esquissa
un sourire.
- On se dérouille?
Le jeune homme se passa une main dans ses cheveux ébouriffés.
- Ca fait du bien de voir que certaines choses de s'oublient pas! dit-il en
riant.
Au-dessus d'eux, Bibine tentait de ramener un semblant de calme parmi les élèves
surexcités. Harry se retourna, lui fit un signe de la main, et partit
vers les vestiaires. Remus le suivit sans trop réfléchir.
- Bibine va bientôt partir à la retraite, pourquoi tu ne demanderais
pas à Dumbledore de récupérer son poste?
Harry secoua la tête et poussa la porte.
- J'aime bien l'Etude des Moldus, dit-il simplement.
Puis sans façon il commença à se déshabiller. Remus
détourna les yeux.
- Au fait, il faut que je te rende ton livre…
Ils échangèrent quelques phrases, puis le jeune homme s'éloigna
vers la douche. Remus releva la tête et aperçut un dos pâle
et musclé, des fesses adorables et des jambes qu'il ferait bon mordre, écarter,
embrasser.
Ah, fuck.
~oOo~
Tout aurait plutôt bien été si, après une journée à éviter
que ses élèves ne s'achèvent à coup de sorts vicieux,
Severus n'avait pas décidé de prendre un bon bain pour se détendre.
La salle de bain des Préfets était – injustement – la
plus somptueuse du Château et c'est tout naturellement qu'il s'y dirigea,
s'attendant à n'y trouver personne à cette heure tardive. Il
poussa la porte et s'immobilisa, contemplant la baignoire déjà occupée.
Potter lui pourrirait donc toujours la vie.
- Snape!
Le jeune homme, plongé dans la mousse jusqu'au cou, jouait avec une
bulle gigantesque. Severus soupira.
- Je repasserai plus tard.
Le jeune homme lança la bulle vers lui.
- Restez, ce n'est pas comme si il n'y avait pas de place, dit-il en riant.
C'était la plus formidable montagne de bulles qu'on ait pu voir. Potter
y plongea et recommença à barboter. Severus se retrouva il ne
sut trop comme dans l'eau.
- J'ignorais que vous connaissiez cet endroit.
Potter sourit et lui envoya une poignée de mousse.
- C'est là que j'ai ouvert mon œuf pour la Deuxième Tâche.
Puis sans façon il commença à se savonner les bras. Severus
déglutit.
- Comment se passe vos cours de DCFM?
Il bavardèrent machinalement, le jeune homme continuant de se laver.
Les bulles commençaient à se désagréger et Severus
pouvait contempler des choses de plus en plus intéressantes.
Ah, fuck.
~oOo~
Il ne se rappelait plus trop comment ils avaient commencé à s'embrasser.
Ils étaient assis sur le tapis devant la cheminée, dans ses appartements,
une bouteille de Firewhisky entre eux, en train de parler de leurs élèves
et des Poufsouffles qui, pour une fois, avaient décidé de ne
pas se laisser faire par les Serpentards et leur avaient joué un bon
tour, et Harry riait, les larmes aux yeux, et, incapable de résister,
il avait dû se pencher et le prendre dans ses bras…
Harry ne sentait pas seulement bon, il avait un goût délicieux,
et sa langue impatiente était exquise dans sa bouche. Remus avait déjà glissé ses
mains dans sa robe, cherchant à toucher la peau, quand Harry s'écarta
doucement. Ses joues étaient écarlates, ses yeux brûlants,
mais sur ses lèvres se dessinait un sourire désolé.
- Accorde-moi un peu de temps, d'accord?
Et ils en étaient restés là, et Remus se demandait ce
qui avait bien pu lui prendre. Il se sentait vieux, et Harry allait-il partager
sa vie avec un loup-garou à peine sorti de la pauvreté? Il aurait
au moins pu s'éviter ce ridicule.
~oOo~
Il ne se rappelait plus trop comment ils avaient commencé à s'embrasser.
Potter était venu dans son bureau pour lui demander un service, un simple
onguent pour soigner une coupure faite par un de ses maudits objets moldus,
et Severus avait encore ronchonné contre sa totale inaptitude à enseigner,
et Potter avait ri de bon cœur, le traitant de vieux râleur, et,
incapable de résister, il avait dû se pencher et le prendre dans
ses bras…
Potter n'était pas seulement serein, il était tendre, et ses
bras tremblants étaient délicieux autour de son cou. Severus
avait déjà posé ses lèvres sur sa gorge, cherchant à goûter
encore davantage, quand Potter s'écarta doucement. Ses cheveux étaient
en bataille, son regard timide, mais sur ses lèvres se dessinait un
sourire désolé.
- Accordez-moi un peu de temps, d'accord?
Et ils en étaient restés là, et Severus se demandait ce
qui avait bien pu lui prendre. Il se sentait vieux, et Harry allait-il partager
sa vie avec un ex-Mangemort si peu sympathique aux yeux de tous? Il aurait
au moins pu éviter ce ridicule.
~oOo~
C'était Harry qui avait initié le deuxième baiser. Une
longue bataille de langues, dans un coin de couloir. Remus l'avait plaqué contre
le mur et ils s'étaient embrassés comme des adolescents en chaleur.
- J'ai aussi embrassé Snape.
L'information, abrupte, l'avait laissé sans voix.
- Oh.
Severus? Cette langue de vipère graisseux? Comment Harry pouvait-il –
Puis il avait regardé dans les grands yeux verts. Ce qu'il y avait vu
lui avait fait comprendre. Il avait caressé la joue de Harry.
- C'est tout bon. Prends ton temps.
Le sourire de reconnaissance qu'il avait reçu alors en retour valait
tous les trésors du monde.
Il se sentait à présent incroyablement incertain et triste.
~oOo~
C'était Potter qui avait initié le second baiser. Quelque chose
d'intense et de lent, au creux du grand divan dans ses appartements. Severus
avait saisi sa tête entre ses mains, et ils s'étaient embrassés
comme si ç'allait être la dernière fois.
- J'ai aussi embrassé Remus.
La confession, à peine audible, l'avait sorti de son rêve.
- Oh.
Lupin? Ce loup-garou miséreux? Qu'avait-il donc –
Puis il avait remarqué la main désespérément crispée
sur son épaule. Ah, les choses ne marchaient jamais simplement. Il avait
porté la main à ses lèvres.
- Ce n'est rien. Considérez calmement les choses.
La tête de Harry, blottie contre sa poitrine, lui avait alors ôté tout
regret.
Il se sentait à présent incroyablement incertain et triste.
~oOo~
- Je ne peux pas choisir.
Harry était assis là, au milieu de la pièce, et évitait
soigneusement de les regarder l'un ou l'autre. Severus était en face
de lui, impénétrable, et alors que Remus le regardait, ses yeux
se portèrent lentement du jeune homme sur lui.
Remus aurait pu détruire le mobilier et les tuer tous les deux.
Il avait essayé d'être raisonnable. Après tout, si Harry
le choisissait, lui, il avait définitivement le droit d'être heureux,
et Severus pourrait se faire une raison, n'est-ce pas? Et si Harry choisissait
Severus, et bien Severus avait définitivement le droit d'être
heureux, et Remus se ferait une raison.
Puis il avait réalisé qu'il ne pourrait sans doute pas se faire
une raison. Et Severus non plus. Et il avait été en colère
contre Harry. Et il l'était encore, et il l'était contre Severus
sans qui tout aurait été si simple, et il l'était contre
lui-même d'être en colère contre eux. Et il ne savait quoi
faire.
- Dans ce cas ne choisissez pas.
Il vis Harry relever la tête d'un air absent, mais seulement du coin
de l'œil parce que son regard était fixé sur Severus, cherchant à comprendre
le sens de ces paroles qui refusaient de s'ancrer solidement quelque part dans
son esprit.
- Si cela vous semble faisable. Ainsi qu'à Lupin.
Partager? Remus allait sortir une remarque blessante, demander quels jours
préférait Severus et s'ils se répartiraient les week-ends,
mais il regarda Harry. Le jeune homme fixait à nouveau le tapis, mais
ses poings étaient serrés et tremblaient. Remus regarda Severus.
L'homme le fixait d'un air sans émotion, mais ses yeux semblaient étrangement
suppliants.
Il se sentit, brusquement, à la fois incroyablement stupide et immensément
heureux.
S'avançant, il s'agenouilla devant Harry et lui souleva doucement le
menton. Essuya les larmes qui coulaient sur sa joue.
- Je veux que Harry soit heureux.
Quand ils eurent finit tous les deux de s'embrasser à perdre haleine,
Remus regarda Severus. L'homme abordait l'air ronchon d'un gamin qui attendait
son tour et s'estimait clairement floué. Merlin, les choses commençaient
bien.
~oOo~
- Je ne peux pas choisir.
Potter était assis là, au milieux de la pièce, et sa voix était
misérable. Remus était en face de lui, immobile, mais ses yeux
brillèrent furieusement en rencontrant les siens.
Severus ne s'était jamais senti aussi près de risquer sa vie
sur une phrase.
Il avait tenté de se résigner. La situation, de toutes façons,
terminerait mal et même si Potter se décidait, tous trois ne pourraient
le supporter. Lui-même s'en voudrait éternellement de voler une
fin de vie heureuse à Lupin. Le mieux était sans doute d'en rester
là.
Puis il avait réalisé que c'était sans aucun doute leurs
dernières chances, pour Lupin et lui-même, et qu'il ne servait à rien
d'être enfin débarrassé de Voldemort si c'était
pour voir Potter rencontrer et vivre avec quelqu'un d'autre. Et puis il avait
eu cette idée.
- Dans ce cas ne choisissez pas.
Potter s'était tendu, sans oser montrer d'espoir. Lupin le fixait et
Severus se demanda un moment s'il allait se faire tuer.
- Si cela vous semble faisable. Ainsi qu'à Lupin.
La chose était faisable, la chose était tellement faisable. Le
regard de Lupin allait de lui à Harry, et Severus savait que le jeune
homme ne demanderait jamais, et que lui-même n'insisterait pas davantage.
Prise à contrecoeur la décision n'avait rien de réalisable.
Puis Lupin bougea et Severus eut peut-être l'une des plus grandes peurs
de sa vie.
L'homme s'agenouilla devant Harry.
- Je veux que Harry soit heureux.
Tandis qu'ils s'embrassaient, Severus pensa que les Gryffondors étaient
décidément stupides et qu'il fallait toujours qu'ils rajoutent
au dramatique de la situation. Merlin, les choses commençaient bien.
~oOo~
- L'Irlande.
- L'Egypte.
- Severus, il fait trop chaud en Egypte l'été.
- Et il pleut tout le temps en Irlande.
- Mais l'Egypte regorge de touristes. Et pense à un bon Irish Coffee
dans un pub…
Remus vit avec espoir l'homme fléchir un court instant. Harry, accoudé à la
table du salon, suivait l'échanger d'un air amusé.
- J'ai assez donné avec les fantômes écossais pour vouloir
me coltiner les lutins irlandais, se reprit Severus. Je veux aller en Egypte.
L'homme était vraiment têtu. Remus soupira mais ne baissa pas
le regard.
- Bon, j'ai des copies à terminer de corriger, annonça Harry
en se levant. Quand vous vous serez mis d'accord sur la destination de nos
vacances à tous les trois, tenez-moi au courant.
Et, avec un petit signe de main, il sortit. Les deux hommes se regardèrent,
un peu penauds.
- L'Egypte, fit sèchement Severus.
- L'Irlande, gronda Remus.
Avec un reniflement ils détournèrent les yeux… et avisèrent
la brochure touristique qui traînait sur la table.
Severus s'en saisit prestement.
- Inde… mmh…
- Ca pourrait être pas mal, admit Remus.
- Il y a des temples à visiter et il fait chaud.
- Et on pourrait éviter les touristes.
- Bon, ça marche alors, conclut Severus. Je ne comprends pas pourquoi
Potter s'obstine à nous trouver futiles.
Remus sourit. Ce n'était pas tous les jours facile de voir Severus toucher
Harry de la même manière qu'il pouvait le toucher, lui. Mais ainsi
avançaient les choses.
Il se pencha et donna un rapide baiser sur la bouche de l'homme, qui le regarda,
sidéré.
- Lupin!
- Je vais prévenir Harry, chantonna-t-il en sortant.
~oOo~
Severus regarda l'homme quitter la pièce, puis un large sourire gagna
son visage.
Les Gryffondors… tellement faciles à manipuler. Enfin, rectifia-t-il
en regardant la brochure, Potter avait encore réussi à leur imposer
ses désirs. Mais tout cela en valait certainement la peine.
Il s'étira et partit corriger ses propres copies.
FIN